4) Création d’un galvano-type
Le poinçon avec valeur est LA référence pour un timbre précis, une faciale
donnée et une technique d’impression. À partir du poinçon avec valeur, on
réalise 50 copies ou flans en plomb (Fig.9).
Fig.9 : Copie en plomb du
poinçon avec valeur
Ces copies sont assemblées les unes contre les autres avec la face sculptée
contre un marbre plan selon la disposition souhaitée (feuille vente, de
roulette ou carnet) pour former un galvano-type.
Ces différentes copies agencées en galvano-type et entourées de blancs de
marge représentant les zones de part et d’autre des blocs de timbres qui
doivent rester blanches à l’impression. Ces blancs de marge sont saillants.
L’ensemble est maintenu en l’état grâce à un cadre en bronze servant de châssis
que l’on nomme « frette » (Fig.10). On pouvait alors
solidariser toutes ces copies en plomb en coulant au dos de la cire qui
permettait aussi qu’il n’y ait pas de dépôt de cuivre au dos car la cire n’est
pas conductrice. Bien entendu l’espace entre chaque timbre est suffisant pour
que les perforations ultérieures puissent se faire sans abimer la partie
imprimée du timbre.
Fig.10 : Assemblage des 50
copies en plomb et des blancs de marge
pour former un galvano-type de
feuille de vente
Cet assemblage
est à nouveau passé au bain de galvanoplastie pour obtenir une copie monobloc en
cuivre de 2 mm d’épaisseur de ce galvano-type en plomb (Fig.11).
Fig.11 : Galvano-type en
cuivre pour les feuilles de vente ou de roulette
Toutefois, la fine couche de cuivre de ce galvano-type monobloc est
rigidifiée en le plaçant contre un marbre (face gravée contre le marbre) et en
coulant un mélange de plomb et d’antimoine au-dessus. Afin d’obtenir une
surface parfaitement plane sur tout le galvanotype, on utilise un taquoir
en hêtre pour « taquer » le galvano c’est à dire faire descendre les sculptures
trop saillantes (coté sculpture) et à l’inverse on utilise un matoir en
acier et un feutre côté mélange plomb/antimoine pour faire remonter les zones enfoncées. Il
est ensuite raboté (coté plomb/antimoine) pour obtenir une épaisseur finale de
5 mm. À ce stade le graveur peut encore intervenir au cas où il y aurait une
dérive par rapport à l’original.
La réalisation d’un galvano-type prendrait entre 3 et 4 semaines donc cette
pièce est conservée précieusement et bien protégée.
5) Création des galvanos de service
Le galvano-type monobloc en cuivre va servir de modèle pour fabriquer tous
les galvanos de service. Il va donc être copié de nombreuses fois. Afin de ne
pas l’écraser au court du temps, on réalise des copies avec un matériau de
faible dureté (cire, feuille de plomb, gutta percha…). Pour cela, on utilise la
presse hydraulique en raison de la grande taille du galvano-type et on place
au-dessus de la cire solide qui n’abimera pas le galvano-type. Il convient de
bien gérer la pression exercée par la presse afin de ne pas dépasser la limite
élastique du cuivre (40 MPa). On réalise autant de copies à la cire que
nécessaire pour composer le nombre souhaité de formes d’impression. La cire
donne un résultat moins précis que le plomb mais elle n’endommage pas le
galvano-type.
Ces copies en cire sont pulvérisées de plombagine afin de rendre conducteur
le bloc de cire et on le place dans le bain de galvanoplastie. On obtient alors
une copie en cuivre (identique au galvano-type) appelée galvano de service d’une
épaisseur de 0,2 à 0,3 mm. Chacun de ces galvanos de service est placé
gravure contre le marbre et, à nouveau, un mélange Plomb/Antimoine/Etain est
coulé pour le rigidifier. Là encore, on utilise le taquoir et le matoir pour
assurer une parfaite planéité. Une ultime étape de rabotage du dos permet
d’ajuster avec précision l’épaisseur de chaque galvano de service à 3,76 mm. La
réalisation d’un galvano de service nécessite environ une semaine de travail.
6) Création des formes d’impression ou cliché
Une fois les galvanos de service obtenus, on les fixe sur des socles en
bois pour obtenir la hauteur typographique de 23.56 mm (Fig.12).
Fig.12 : une des rare image d'un galvano de service en cuivre (effigie Pasteur ici) vissé sur le bois pour des feuilles de vente ou de roulette (illustration Gallica)
On assemble les galvanos de service en fonction de ce que l’on veut
imprimer (feuilles de ventes, de carnets ou de roulettes). On assemble 6
galvanos de services sur pour réaliser une forme
d’impression (parfois appelée planche
d’impression ou cliché) ce qui permet d’imprimer des feuilles de 300
timbres (240 pour les carnets). Des trous sont ensuite percés entre les timbres
15 et 16 de chaque galvano afin de pouvoir y glisser le numéro du millésime
pour les feuilles de vente et de roulette. On ajoute ensuite des filets de
plomb sur les espaces inter-galvanos afin d’éviter l’utilisation du papier
vierge de toute impression par des faussaires. De plus, on positionne une croix
de repère de perforation. L’indication de la date de fabrication et de la
lettre désignant le conducteur de ligne sera ajoutée manuellement sur la
machine (c’était certainement sur la machine plutôt que sur la planche puisque
parfois à droite).
7) Impression des timbres
Avant d’imprimer des feuilles de bonne qualité, il faut réaliser des
épreuves d’essais et la mise en train. D’une part, l’on glissait des feuilles
de papier entre « cuir et chair » (entre le galvano et son support)
pour égaliser au maximum le niveau d’impression et d’autre part on réalisait la
même chose en collant des bouts de papier sur l’habillage du cylindre
d’impression. Pour obtenir une impression parfaite, on rajoutait des coussinets (timbres découpés à certains endroits
précis) aux endroits souhaités (fig.13). Les coussinets sont collés sur
l'habillage du cylindre donc impossibles à récupérer et à réutiliser par la
suite.
Fig.13 :
Essais de coussinets de la semeuse 5c réalisés par des apprentis
servant à
réaliser une bonne mise en train (illustration
semeuse13)
Une fois cette mise en train optimisée, on pouvait tendre une toile de
tissus sur le cylindre pour maintenir l’ensemble en place. Cette mise en train
durait jusqu’à obtention d’une feuille modèle et cela pouvait durer 2 à 3
jours. Dès lors l'impression peut se poursuivre plusieurs jours en n'oubliant
pas de changer la date et la lettre de l'opérateur.
Une fois ces différentes étapes réalisées, les feuilles imprimées sont
vérifiées, gommées, séchées, coupées par la moitié verticalement pour obtenir
les feuilles de ventes ou de roulettes, puis perforées. Et des décennies plus
tard, les philatélistes recherchent encore les infimes erreurs qui sont passées
à travers les yeux de lynx des imprimeurs … qui n’avaient pas de scanner pour
dénicher les micro-variations du graphisme que nous recherchons
aujourd’hui !
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