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vendredi 6 février 2026

La Semeuse 5 centimes verte et ses différents papiers

 

La production d’un timbre est la réunion de 5 éléments techniques essentiels en plus du savoir-faire de l’imprimeur à savoir la presse, la planche d’impression, l’encre, le papier et la gomme.

Autant les variations sur la planche d’impression (variétés de galvano type ou de service) ou de couleur de l’encre sont analysées de près par les philatélistes autant l’étude des papiers sur lequel est imprimé le timbre l’est beaucoup moins car pas toujours évidents à différencier en raison de l’épaisseur de gomme apposée au verso des timbres qui en modifie l’aspect visuel contrairement à la fine couche d’encre au recto. Nos illustres prédécesseurs philatélistes (Baron De Vinck, P. De Lizeray ou Y. Rayssiguier) se sont penchés sur ce problème d’identification mais ils ne pouvaient faire qu’une description littérale des différents papiers sans illustrations photographiques faute de moyens techniques. Parfois, leurs analyses n’étaient d’ailleurs pas concordantes. Afin d’y voir un peu plus clair, je commencerai par reprendre le process de fabrication du papier dont la présence, ou pas, de certaines étapes permettent de les différencier. Ensuite j’essayerai de décrire et d’illustrer les différents papiers qui ont permis l’impression de la Semeuse 5 centimes verte.

1)        Préparation de la pâte à papier

            Le papier est un support constitué de fibres de cellulose. Par définition leur origine est végétale. On peut les obtenir directement à partir de troncs, de branches, de tiges ou de feuilles mais aussi par recyclage de tissus (non synthétiques !) ou de papier. Dans tous les cas, cette matière première doit être broyée afin d’extraire les fibres de cellulose qui est un polymère de glucose soluble dans l’eau. Pour le cas où le papetier travaille avec de la matière végétale brute (tronc, branche, feuille) il aura plus de travail par rapport à une matière première « noble » déjà traitée (tissu ou papier). Le logigramme ci-dessous (Fig.1) décrit le process de préparation de la pâte à papier. 

               

Fig. 1 : Process de fabrication de la pâte à papier. Les étapes 1, 5 et 7 sont indispensables pour produire un papier de qualité mais pas pour fabriquer du papier GC

 

L’étape 1 est essentielle afin d’éliminer les tanins des écorces qui vont donner par la suite une coloration jaune à chamois au papier (papier GC). L’étape 2 de broyage du bois permet d’optimiser la fermentation qui facilite la lyse des cellules végétales. Le défibrage permet de dissocier les fibres de lignine de la cellulose alors que l’étape de raffinage / épurage permet de retirer les fibres trop grosses (présence dans les papiers GC) ou des particules métalliques (agrafes pour le papier). Le pulpage sert à bien malaxer et dissoudre les fibres de cellulose et des agents chimiques (dérivés chlorés, eau oxygénée …) sont ajoutés pour blanchir le papier. La blancheur du papier dépend aussi de la matière première utilisée (tissus, papier, bois riche en tanins ou pas). L’encollage par ajout de gélatine ou de colle évite d’obtenir un papier type buvard sur lequel l’impression serait défectueuse. Ces étapes 6, 7 et 8 se font simultanément. Dès lors la pulpe obtenue est diluée dans de l’eau et prête à la création de feuilles de papier.

2)       Préparation de la feuille de papier

            Pour concevoir une feuille de papier (Fig.2), une quantité précise de pâte à papier est déposée sur un tamis (étape 10) qui va retenir les fibres de cellulose tout en laissant passer l’eau en large excès afin de réaliser un égouttage rapide (étape 11). La présence d’un motif en relief sur le tamis va permettre de générer un filigrane si besoin. Le tamis est entouré d’une couverte amovible qui va calibrer le format et le grammage du papier. Une fois l’excédent d’eau égoutté, la feuille est retirée du tamis, déposée sur un feutre et recouverte par un autre feutre. Après avoir empilé un nombre de feuilles prédéfinie (la Porse), un pressage est réalisé pour éliminer une grande partie de l’eau restante (étape 14). Les feuilles sont alors séparées des feutres et empilées les unes sur les autres (découchage) avant un nouveau pressage. Les feuilles ainsi obtenues peuvent être mises à sécher directement (papier GC) ou passées entre deux rouleaux (calandrage) pour calibrer le grammage et lisser le papier de façon optimale (étape 17). L’étape finale de séchage (étape 18) est réalisée afin d’avoir une teneur en eau de l’ordre de 5 à 10% final.

 

     Fig. 2 : Process de fabrication d’une feuille de papier. L’étape de Calandrage est importante pour obtenir un papier lisse d’épaisseur constante. Si cette étape est réalisée à chaud, on obtient du papier brillant et parfaitement lisse.

 

3)        Les critères distinctifs entre les papiers

            La Semeuse 5 centimes verte a été imprimée de 1907 à 1921 sur au moins 8 types de papiers différents pas toujours aisés à différencier. Plusieurs critères rentrent en ligne de compte.

                        3.1) la couleur des papiers

            La description d’une couleur est toujours subjective. Elle est significative quand on réalise des comparaisons entre plusieurs papiers cote à cote. De plus la présence de gomme, de l’encre et l’exposition aux rayonnements lumineux peuvent la modifier. L’idéal est de regarder les papiers au verso du timbre et au niveau d’une zone dépourvue d’encre et de gomme (Fig.3) ce qui n’est pas toujours possible !

  Une image contenant tanner, Beige, marron

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Fig. 3 : La présence de gomme empêche l’identification de la teinte du papier (papier blanc lisse à gauche) et la visualisation de fibre de bois (papier GC beige à droite)

 

                        3.2) la texture du papier

            La texture du papier se caractérise par son épaisseur, sa densité et sa rugosité. Concernant l’épaisseur, c’est un critère très subjectif à déterminer sans un appareil de mesure spécifique. En revanche la rugosité se voit bien avec une loupe x 10 et une lumière rasante au verso du timbre qui permet d’observer les papiers « lisses » (sans jamais l’être parfaitement à cette époque) de ceux plus rugueux et/ou ayant des inclusions particulaires (Fig.4). Concernant la densité des papiers, on peut l’observer par transparence en plaçant le timbre entre une source lumineuse intense et une loupe (trans-illumination). On peut alors observer si la densité de fibres de cellulose est constante ou s’il existe des variations entrainant l’apparition d’une trame, d’un filigrane ou de points lumineux (Fig.5).

      

Fig.4 : Images en lumière rasante de timbres sans gomme imprimés sur du papier B lisse (gauche), du papier A rugueux (centre) et du papier GC rugueux avec de nombreuses fibres grossières (droite)

 

Une image contenant texte

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Fig.5 : Images par trans-illumination de timbres gommés imprimés sur des papiers B épais (gauche), C assez mince avec une multitude de points brillants (centre) et GC contenant une trame (droite)

 

                        3.3) les clés de discriminations

            Le premier critère de discrimination est celui de la rugosité il est facilement observable mais uniquement sur les zones non gommées du verso et plus difficilement au recto. Il faut toutefois garder à l’esprit que les papiers lisses ne le sont pas parfaitement contrairement aux papiers couchés modernes.

            Le deuxième critère est celui de la densité par trans-illumination car il permet de distinguer la présence ou pas d’une trame ou de points brillants (Fig.5).

            La couleur du papier est prise en compte à la fin pour confirmation. Ce critère est subjectif et aléatoire (sauf pour les papiers GC beiges à chamois) notamment dans le cas des timbres oblitérés car leur couleur a pu être modifiée par le support sur lequel ils étaient collés, par le bain ayant servi à les décoller ou par une exposition prolongée aux rayonnements lumineux.

4)      Les différents papiers utilisés pour l’impression de la Semeuse 5 centimes verte

            La Semeuse 5 centimes verte a été imprimée de 1907 à 1921 sur au moins 8 types de papiers différents.

                        4.1) Le papier A

Le papier A se caractérise par une teinte blanche grisâtre à crème sans doute en raison d’un blanchiment limité (étape 7). D’aspect rugueux et d’épaisseur variable, on observe par trans-illumination des zones plus claires et des points brillants sans pour autant distinguer de trame bien définie (Fig. 6). Ce papier ne sera utilisé qu’en 1907 pour l’impression de cette Semeuse.

                        4.2) Le papier B

Le papier B fait son apparition en 1907 et n’est plus utilisé en 1911. Il se caractérise par une teinte blanche et par un aspect très lisse. Son épaisseur semble importante et constante par trans-illumination avec parfois quelques rares points brillants. On ne distingue pas de trame caractéristique sans doute en raison de son épaisseur.

Une image contenant Timbre, Objet de collection, Pellicule photographique, timbre

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Fig.6 : Impressions sur papier A crème (en haut) et sur papier B Blanc (en bas). Par trans-illumination des timbres gommés on observe l’homogénéité du papier B et les variations d’épaisseur du papier A

 

                        4.3) Le(s) papier(s) C

Le papier baptisé « C » par nos prédécesseurs regroupe au moins 2 papiers proches et distincts à la fois. Ils ont pour point commun d’être lisses et sans trame particulière. Leur distinction se fait par leur épaisseur et la densité des points blancs présents par trans-illumination.

4.3.1. Le papier C0

Le papier C0 est utilisé de 1907 à 1911. Il se caractérise par la présence de point brillants par trans-illumination qui sont assez nombreux (une dizaine au centimètre carré) (Fig.7), en raison d’une épaisseur moindre par rapport au papier B.

                                    4.3.2. Le papier C

Le papier C a été utilisé dès 1910 jusqu’en 1921 mais est prédominant de 1910 à 1914. La différence avec le précédent réside dans la densité des points brillants par trans-illumination qui de l’ordre de plusieurs centaines par centimètre carré (Fig.7) car il est plus fin que le C0. Sa couleur varie du blanc pur au blanc gris en passant par le blanc jaune.

 Fig.7 : photos obtenues par trans-illuminations des papiers C0 (gauche) et C (droite)

 

                        4.4) Le papier GC

Le papier GC (Grande Consommation) est bien connu des philatélistes pour son utilisation de 1916 à 1920. Etant donné les pénuries de cette époque, le recyclage des tissus en coton, lin ou chanvre se faisait plus rare. L’écorce du bois brut ne devait pas toujours être éliminée (étape 1) afin d’augmenter la quantité de matière première tout comme l’élimination incomplète de la lignine connue pour brunir dans le temps avec l’humidité (étape 4 de défibrage). De même les bois riches en tanins devaient être utilisés malgré leur tendance à foncer la teinte du papier à l’humidité. Les étapes de raffinage éliminant les grosses particules et de blanchiment devaient être réduites au minimum d’où cet aspect coloré et grossier du papier. La teinte de ces papiers varie donc énormément du blanc au chamois en passant par le jaune et le gris (Fig.8). Ce critère de couleur est important pour les teintes très marquées mais dans le cas des blancs et des blancs gris elle n’est pas déterminante pour identifier un papier GC.

           

 

Fig.8 : Les différentes teintes de papiers GC qui varient du blanc (gauche) au chamois (droite)

 

Le véritable critère permettant d’identifier un papier GC n’est pas non plus l’inscription faite sur les hauts et bas de feuilles (certaines feuilles imprimées en 1917 et 1918 sur papier C ont cette inscription) mais l’observation de la rugosité en lumière rasante (étape 17 de calandrage sans doute éliminée) (Fig.4) et la présence de fibres de bois dans le papier qui sont en relief et teintées augmentent cette rugosité. Toutefois, pour le cas de timbres avec gomme, un scan de bonne définition du recto peut permettre de repérer des fibres colorées ou en relief (Fig.9).

Fig.9 : Photo du recto d’un papier GC blanc avec des fibres colorées apparentes (écorce ou lignine)

indiquées par des flèches rouges

 

            Dans le cas des timbres gommés, le relief est difficile à appréhender. Il convient donc de regarder le timbre coté recto avec une source lumineuse intense placée au verso. On peut alors observer les fibres de bois par transparence mais aussi des zones plus ou moins opaques en raison d’une épaisseur variable. Pour beaucoup de ces papiers GC, on observe aussi de nombreux points brillants beaucoup plus gros que ceux du papier C car la rugosité du papier entraine une impression partielle des creux d’où ces taches blanches. On peut ainsi souvent distinguer une trame sous forme de losange couché (Fig.10) mais pas de façon systématique.

 

Une image contenant texte, motif

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Fig.10 : photos par trans-illumination de papier GC de 1916 avec trame en losange couché et de papier GC de 1918 et 1919 sans trame bien définie

 

                        4.5) Le papier D

Le papier D est similaire au papier GC avec trame par trans-illumination car on distingue de gros points blancs formant une trame en losange debout avec deux différences majeures : le papier est lisse et toujours blanc. On peut se demander si ce n’est pas le même fournisseur que le papier GC qui l’a fourni mais en utilisant uniquement de la matière première noble (tissu) d’où sa blancheur et sa finesse. Ce papier a été utilisé dès 1916 pour l’impression de la semeuse 5 centimes verte mais concerne moins de 5% des timbres ayant circulés entre 1916 et 1920. En revanche dès le dernier trimestre 1920 jusqu’en mai 1921, ce pourcentage monte à 25% montrant ainsi un nouvel arrivage de ce papier dans les ateliers d’impression des timbres-poste.

                        4.6) Le papier E

Le papier E est similaire au papier D par trans-illumination ou de par sa blancheur mais il se différencie au recto du timbre par une multiplicité de point blancs dépourvus d’encre en raison d’une trame en losange debout très prononcée (Fig 11). Dans ce cas il est primordial de regarder la partie encrée des timbres.

Une image contenant Rectangle, timbre

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Fig.11 : Photos de timbres imprimés sur papier D (en haut) et sur papier E (en bas) obtenues par trans-illumination (gauche) ou par scan du recto imprimé (droite)

 

            Ce papier E a été imprimé en 1920 car seuls des millésimes 0 sont connus mais on constate que les timbres imprimés sur ce papier et ayant circulés sont tous datés des 3 premiers trimestres de 1921 suggérant une impression très tardive sur ce papier en 1920.

                        4.7) Le papier gommé X

            Le papier X se distingue des autres par sa gomme striée du nord-ouest vers le sud-est. Il est d’un blanc pur mais ne peut s’identifier avec certitude qu’à l’état neuf.

lundi 10 novembre 2025

La taxe fixe à 2 francs du 10 Avril 1910

 

1. L’origine légale de la taxe fixe à 2 francs

Dans le Journal Officiel de la République Française (JORF) du dimanche 10 avril 1910 est publiée la loi portant fixation du budget général des dépenses et des recettes de l’exercice 1910, c’est-à-dire la loi de finances de l’année en cours. Parmi les 153 articles votés et ratifiés, c’est l’article 50 qui nous importe. En résumé, il indique que tout envoi postal au tarif réduit (journaux, imprimés, échantillons, papiers d’affaires…) dans le service intérieur, ainsi que les boites avec valeurs déclarées, dans lesquels une note de correspondance est insérée, seront considérés comme des lettres et une taxe fixe de 2 Francs sera appliquée en plus du double de l’insuffisance d’affranchissement. De plus, si le destinataire refuse de payer ces taxes, le destinataire en sera redevable.

Article 50 de la loi du 8 avril 1910

Bien que le décret d’application concernant cet article 50 ne soit jamais paru au JORF, il est communément admis qu’il entre en vigueur avec le changement de tarif du 1er mai 1910 (Charles RIOUST, Feuilles Marcophiles n°313, 2ème trimestre 2003)

C’est en vertu de ce texte que certains envois de cartes de visites sous enveloppe ouverte ou des imprimés commerciaux expédiés au tarif de 5 centimes ont couté 2 Francs et 10 centimes au destinataire ou à l’expéditeur soit 21 fois le tarif d’une lettre ou 42 fois le montant de la « fraude » … assez dissuasif comme « amende » !

L’administration postale explique, via l’instruction postale N°659, comment mettre en œuvre ce texte. Bien entendu, la simplicité administrative française impose trois pages de commentaires ...

Instruction postale N°659 parue à la page 94 du BMPT supplémentaire n°4 de mars 1910

 

En résumé, lorsqu’un envoi à prix réduit n’est pas conforme, il faut :

1)      Apposer la marque T de taxation

2)      Inscrire en rouge bien lisible « article 50 de la loi de finance du 8 avril 1910 »

3)      Acheminer le pli à destination

4)      Apposer les chiffres-taxes correspondants à la taxe fixe et au double de l’insuffisance

5)      Si le destinataire accepte de payer, lui délivrer la correspondance

6)      Si le destinataire refuse, renvoyer à l’expéditeur après détaxation (ou mettre en rebut)

7)      Informer l’expéditeur l’informe qu’il a 4 jours pour venir récupérer son pli et payer

8)      S’il ne se présente pas ou refuse de payer, recouvrer la taxe par voie de contrainte

 

2. L’effet boomerang

Le cas le plus fréquent est que le destinataire refuse de payer. Il y a alors annulation des chiffres-taxes collés (détaxation) et renvoi vers l’expéditeur s’il est identifiable. Il faut noter qu’en avril 1910, la valeur fiduciaire la plus élevée en chiffre-taxe était de 50 centimes (Gilbert NOËL dans les Documents Philatéliques N°71 du 1er trimestre 1977). L’administration postale a donc créé celle à 2 francs spécifiquement pour cette taxe. Le (faible) tirage de cette valeur a eu lieu les 17 et 18 juin 1910 (seules dates connues) et sa mise en service le 5 juillet 1910. La première date d’emploi connue est le 21 juillet 1910 (communication personnelle Laurent BONNEFOY).

 

Dans les cas décrits ci-après, les expéditeurs adressent leurs meilleurs vœux pour l’année 1912 à des proches qui ne les liront jamais et il leur en coutera 2 francs et 15 centimes pour rien !

Melle Marguerite DENISE envoie ses vœux sous enveloppe ouverte à Mme et Mr COMBE à Fontainebleau le 1-1-1912 depuis Milly-la-Forêt (département de la Seine et Oise) au tarif à prix réduit de 5 centimes pour une carte de visite. Comportant sans doute des mentions manuscrites, l’objet est considéré comme une lettre simple donc soumis au tarif de 10 centimes d’affranchissement.

La marque T et l’inscription en rouge « article 50 de la loi de finance du 8 avril 1910 » sont apposées sur ce pli. Le bureau distributeur appose au dos un chiffre-taxe de 2 francs en vertu de l’article 50 précité et un timbre-taxe de 10 centimes correspondant au double de l’insuffisance et les oblitère. Les destinataires refusent de payer les taxes. Un timbre « retour à l’envoyeur 1539 » de Fontainebleau est apposé.

L’adresse de l’expéditrice est inscrite en rouge et le pli renvoyé à Milly-la-Forêt où de nouveaux chiffres-taxes à 2 francs et 10 centimes ont été collés au recto et oblitérés le 9-1-1912. En l’absence de mention contraire, l’expéditrice a dû régler les taxes.

 

 

Mr CHAUNEIL envoie ses meilleurs vœux sous enveloppe ouverte à Mr PEU à Saint Angel en Corrèze le 1-1-1912 depuis Vincennes (département de la Seine). C’est une situation similaire à la précédente, sauf la première taxe matérialisée par 4 figurines à 50 centimes au lieu d’une à 2 francs et la mention « article 50 de la loi de finance du 8 avril 1910 » est inscrite en noir donc non règlementaire.

Ce cas de figure avec retour à l’envoyeur et double apposition de chiffres-taxes est le plus courant. En l’absence de chiffres-taxes à 2 francs ou à 50 centimes, sept chiffres-taxes de 30 centimes ont été utilisés. Il est toutefois possible que d’autres combinaisons aient été utilisées avant la mise en service du chiffre-taxe à 2 francs en juillet 1910 comme le montre l’article de Charles RIOUST, Feuilles Marcophiles n°313, 2ème trimestre 2003 avec une combinaison de 10 chiffres-taxes à 20 centimes et un à 10 centimes en date du 18 avril 1910. 

Les illustrations ci-dessous sont tirées d’un article de Mr Guy SEVIN paru dans « La Philatélie Française » n°726 de septembre/octobre 2025. 

 

Une première présentation, refusée, a été réalisée avec 10 chiffres-taxes à 20 centimes et un à 10 centimes avant que le pli ne soit renvoyé à l’expéditeur.

 

 

Une première présentation, refusée, a été réalisée avec 7 chiffres-taxes à 30 centimes le 31-12-1911 avant que le pli ne soit renvoyé à l’expéditeur.

  

3. Les pièces rares

Etant donné le cout prohibitif de la taxe fixe, il était assez rare que le destinataire accepte l’objet et acquitte la taxe pour en lire le contenu.

Cet envoi de Faremoutiers en Seine et Marne en janvier 1912 sans doute pour les vœux de 1912 à destination de Mme et Mr ROUGEAU à Cernay en Dormois dans la Marne a été considéré comme une lettre. Il est marqué par un T et l’inscription règlementaire en rouge « article 50 de la loi de finance du 8 avril 1910 ». Le bureau distributeur de la Ville-sur Tourbe qui gère Cernay-en-Dormois applique la taxation à 2 francs et 10 centimes. Le destinataire l’a accepté le 6-1-1912 et a payé 2 francs et 10 centimes.

 

            Enfin, il existe des envois avec une triple apposition des chiffres taxes en raison de multiples présentations au destinataire et à l’expéditeur.

Cet envoi sous enveloppe ouverte du 17-1-1911 par un habitant du passage Saint Pierre AMELOT depuis le bureau situé Avenue Parmentier à Paris à destination de Mme Le FLAMAND à Coeuilly à Champigny sur Marne (département de la seine) au tarif à prix réduit de 5 centimes pour une carte de visite. Probablement en raison de mentions manuscrites, l’objet est considéré comme une lettre simple donc à 10 centimes d’affranchissement.

La marque T et l’inscription « article 50 de la loi de finance du 8 avril 1910 » sont apposées au recto de ce pli par le bureau distributeur ainsi qu’un chiffre-taxe à 2 francs et un autre à 10 centimes, tous deux oblitérés du timbre à date « CHAMPIGNY s/ MARNE – SEINE » en date du 18-1-1911. Le facteur présente le pli mais la destinataire est absente. Le facteur inscrit la mention « Ab(sent) à représenter », appose son timbre de facteur « XI - ?? ».

L’envoi est à nouveau présenté après une seconde apposition de chiffres-taxes mais la destinataire la refuse : mention « Refusé par le destinataire / le facteur ». Les chiffres-taxes sont biffés en croix et le timbre « retour à l’envoyeur » est apposé ainsi que l’adresse de l’expéditeur en rouge.

Il est renvoyé à Paris dans le XIème arrondissement où des chiffres-taxes à 2 francs et 10 centimes sont à nouveau collés au dos. L’expéditeur a réglé les taxes et les chiffres-taxes sont annulés par le timbre losange avec ancre.

 

D’après un article de Robert ABENSUR & Jean-Claude DELWAULLE paru dans Les Feuilles Marcophiles N°289 du 2ème trimestre 1997, le triangle T est utilisé en province mais très rarement sur Paris. De plus, les auteurs indiquent qu’il existe une particularité dans le 11ème arrondissement de Paris avec une annulation des chiffres-taxes par un losange avec ancre retiré des paquebots-poste depuis 1876. Ce cas particulier est présenté ci-après avec en prime une triple apposition de chiffres-taxes.

 

4. L’épilogue

Cette taxe fixe ayant provoqué beaucoup de mécontentements, elle fut abrogée par l’article unique de la loi du 24 décembre 1912, parue au JORF du 25 en page 10802. La taxation revient simplement au double de l’insuffisance. Déjà la classe politique essayait de redorer son image par des cadeaux de Noël très opportuns après avoir abusé de ses pouvoirs législatifs ! Toutefois, la création d’impôt étant plus simple que la bonne gestion des finances de l’état, cette logique de taxe fixe fera à nouveau son apparition en avril 1920.

 

    

Le chiffre-taxe à 2 francs est supprimé par arrêté du 21 janvier 1913. Sa vente (aux seuls collectionneurs) se poursuivra sur l’année 1913 uniquement dans la recette principale de la Seine (BMPT N°6 juin 1913 p140).