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samedi 10 mai 2025

La genèse des Semeuses

Dans son article du 4 mai 2025, « Semeuse13 » présente le poinçon « archaïque » en laiton et son aïeul gravé sur un morceau de buis. Ces deux poinçons historiques font partie des bonnes surprises découvertes au milieu des autres poinçons conservés au Musée de la Poste. Si on les compare entre eux, on constate que la gravure sur le buis est bien plus grande (31.5 mm x 38,6 mm) que celle sur laiton, cette dernière correspondant au format final des Semeuses imprimées. Cette différence d’un facteur 1.75 est confirmée par les épreuves de ces poinçons (Fig.1). Il semble donc que les graveurs de l’atelier commençaient par réaliser un poinçon de « grande » taille sur un matériau plus facilement sculptable afin d’en optimiser les détails et le rendu avant de créer un poinçon à la taille définitive sur laiton. De plus, il semble que les premiers essais de gravure se faisaient « à l’endroit » pour faciliter le travail ce qui donnait une épreuve en négatif (ou à « l’envers »).

 

Figure 1 : Comparaison entre le poinçon sur buis et l’archaïque sur laiton.

Les poinçons sur buis (PB) et sur laiton (PL) au centre de la figure

sont encadrés par leurs épreuves respectives (EB et EL)

Images « Semeuse13 » et © Musée de la Poste - Paris

 

            Parmi les gravures de Semeuses conservées au Musée de la poste, il y a une pièce qui provenait d’un don fait au Musée en 1966. Elle n’avait pas été répertoriée par Pierre De LIZERAY dans son ouvrage de 1955 ni par Jean STORCH et Robert FRANCON en 1973. Cette plaque de cuivre de 74 mm de haut, 101 mm de large et 1 mm d’épaisseur possède 2 gravures de la Semeuse avec une valeur faciale à 15 centimes dont une semble être une ébauche sans fond et l’autre avec un fond ligné (Fig.2 et 3). Ces gravures sont au format « normal » du timbre à savoir 18.2 x 22.45 mm. Etant donné qu’aucune information n’est connue au Musée de la poste concernant l’origine de cette pièce ou de son graveur, nous sommes obligés d’émettre des hypothèses sur sa raison d’être.

Figure 2 : Plaque de cuivre avec deux Semeuses à 15 centimes de faciale gravées à l’endroit.

© Musée de la Poste - Paris

 

Figure 3 : Retouche informatique de la plaque de cuivre de la Figure 2.

Le traitement informatique de la photo de la plaque de cuivre gravée et l’agrandissement des gravures

permettent de mieux observer le fond ligné et le fond uni derrière la Semeuse

© Musée de la Poste – Paris

 

A l’image de la gravure sur buis, elle est sans signature et réalisée à l’endroit contrairement aux gravures des poinçons normaux ce qui laisse penser, sans certitude, qu’il s’agit d’un travail préliminaire d’adaptation du plâtre de L. O. ROTY. Il est intéressant de noter que la gravure à droite de cette plaque de cuivre est une réduction parfaite du plâtre original sculpté par L. O. ROTY alors que celle à gauche possède un fond ligné en plus (Fig.4). On peut donc imaginer que le graveur a d’abord réalisé une copie du plâtre avec adaptation de sa taille à celle d’un timbre final puis a fait évoluer sa gravure en y introduisant un fond ligné. S’agit-il d’un travail préliminaire de L. E. MOUCHON ? Nul ne peut le dire actuellement.

Figure 4 : Similitudes entre le plâtre gravé par L. O. ROTY et les gravures sur cuivre

Bien que le plâtre (à gauche) soit de taille bien plus importante que les gravures sur cuivre, la mise à l’échelle informatique

 montre la parfaite similitude de la valeur faciale et du dessin de la Semeuse entre ces pièces.

© Musée de la Poste – Paris                © Musée ROTY de Jargeau

 

            Quel que soit le graveur de cette plaque de cuivre, il devait faire partie de l’atelier de fabrication des timbres-poste. Dans une récente vente publique est apparue une épreuve de cette gravure avec fond ligné (Fig.5).

Figure 5 : Epreuves de la gravure de gauche de la plaque de cuivre collées sur un papier rigide

Ces épreuves imprimées à l’envers proviennent de la gravure réalisée

sur la partie gauche de la plaque en cuivre.

 

La légende manuscrite de cette épreuve indique qu’il s’agit d’une « eau forte ayant servi de modèle pour le timbre en cours ». La fin de cette phrase (le timbre en cours) peut être interprétée de 2 façons :

1) Soit la Semeuse lignée à 15 centimes de faciale est en cours … de commercialisation (après le 2 avril 1903)

2)      Soit elle est en cours … de création.

Quelle que soit l’interprétation retenue, cette « petite eau forte » a servi de « modèle pour le timbre en cours » donc elle est un élément constitutif de la genèse de la Semeuse lignée paru en 1903. Elle aurait été réalisée avant le 2 avril 1903. La présence de la faciale gravée à l’identique de celle du plâtre et l’absence de signature montrent qu’il s’agit bien d’un travail préliminaire dans la genèse du poinçon « ancestral ». Il faut noter que le graphisme de la Semeuse est éloigné du poinçon sur buis et du poinçon archaïque et très proche du poinçon ancestral (Fig. 6). On peut donc supposer que cette plaque de cuivre a été gravée après que le poinçon archaïque ait été rejeté car malgré son esthétique exceptionnelle, le rendu en couleur n’était pas bon et L.E. MOUCHON a dû repartir du modèle initial en plâtre. Ce travail a donc été mené après l’abandon du poinçon archaïque et avant la commercialisation du timbre en avril 1903.

Figure 6 : Evolution du graphisme de la Semeuse sur les épreuves

Le graphisme des épreuves du poinçon sur buis (1), du poinçon archaïque sur laiton (2) sont très proches et 

différent de ceux du poinçon ancestral (4) et de celui de la plaque de cuivre étudiée (3).

Images Semeuse 13

 

Concernant la technique de l’eau forte, elle consiste dans un premier temps à réaliser un dessin puis un calque de ce motif. Dans le cas qui nous intéresse, le plâtre de L. O. ROTY a pu être copié à l’échelle 1 puis réduit au format d’un timbre, peut être à l’aide d’un pantographe. On peut alors réaliser un calque de ce dessin.

Une fois cette étape terminée, une plaque de cuivre est dégraissée puis vernie et recouverte de noir de fumée. Dès lors il faut placer le calque sur la plaque de cuivre et repasser sur les traits du dessin pour que cela laisse ce motif sur le noir de fumée. Le calque est ensuite retiré puis on repasse avec une pointe métallique sur les traits du dessin présents sur le noir de fumée. Le vernis est ainsi retiré au niveau de la gravure réalisée par la pointe. On plonge alors la plaque en cuivre dans de l’acide qui va creuser le cuivre (la morsure) aux endroits non protégés par le vernis. Plus le temps d’incubation dans l’acide est long plus la gravure sera profonde et la teinte finale sur le dessin sera foncée. La plaque de cuivre ainsi gravée est alors lavée, dégraissée puis recouverte d’encre qui va se glisser dans les creux de la plaque. Après une étape d’essuyage pour retirer l’excès d’encre des surfaces non gravées, on peut placer une feuille de papier sur la plaque en cuivre et l’imprimer en y exerçant une pression uniforme. On obtient ainsi une copie inversée du motif gravé. Voici un lien illustrant parfaitement cette technique : https://www.youtube.com/watch?v=oTFzs5wb-Nw).

Grace à la légende des épreuves de la figure 5, on peut en déduire que la plaque de cuivre de la figure 2 a été gravée par cette technique de l’eau forte. Ainsi les graveurs pouvaient obtenir rapidement une impression papier d’une gravure et observer la qualité du rendu avant de se lancer dans la réalisation fastidieuse d’un poinçon définitif en laiton. On peut alors imaginer que l’épreuve imprimée en négatif a servi de modèle pour graver le poinçon sur laiton du timbre. A l’époque, il n’y avait pas de logiciel informatique pour inverser une image en quelques secondes. En partant de ce modèle en négatif, le poinçon serait alors gravé à l’identique de cette épreuve et donnera donc une impression dans le bon sens telle qu’on la retrouve sur les timbres ou les épreuves (Fig.7). La présence d’une faciale sur ce travail préliminaire importe peu car il suffit de ne pas la graver sur le laiton pour obtenir un premier poinçon sans valeur.

Figure 7 : Processus de fabrication hypothétique d’un poinçon à partir d’un modèle sculpté ou dessiné


mardi 21 janvier 2025

La position des manchettes GC en bas de feuille ... le retour

         En décembre 2023, j’avais fait un article sur la position des manchettes GC en bas de feuille sur la base de 75 scans analysés. Les mesures étaient axées sur la longueur de la manchette GC et surtout son positionnement vertical par rapport à la lettre i de « république » du timbre en position 145 qui était un point stable dans la feuille d’impression. Depuis, j’ai récupéré 27 nouvelles images de bas de feuille (BDF) et l’effectif total se porte à 102 scans. J’ai repris toutes ces images et réalisé de nouvelles mesures en prenant aussi comme repère stable la croix servant de repère dans le positionnement des feuilles lors de la perforation. Dès lors j’ai pu mesurer la position des lettres GC comme précédemment mais aussi les début et fin des mentions de BDF (opérateur, date, presse, +/- rectangle plein) avec beaucoup plus de facilité (fig.1).


Figure 1 : Mesures effectuées sur les bas de feuilles. Les distances indiquées par les flèches sont mesurées en millimètres. « i-G » correspond à la distance entre la verticale du i de république et le G de GC.

 

Pour distinguer les différentes ½ planches d’impression, les critères de discrimination sont indiqués ci-dessous par ordre de priorité :

-          Millésime (si présent)

-          Numéro de presse

-          Présence ou pas d’un rectangle/carré vert entre le numéro de presse et la manchette GC

-          La longueur de ce rectangle/carré

-          L’espacement entre le i de république et le début du G de la manchette GC

-          L’espacement entre le rectangle (ou carré) et le début du G de la manchette GC

-          Le positionnement des différentes inscriptions de BDF par rapport à la croix repère

-          L’épaisseur des traits inter-galvanos

Au final, 26 demi planches d’impression ont été identifiées sur la période 1916 à 1920 avec seulement 2 presses utilisées en 1916, 3 en 1917, 4 en 1918 et 1919 et sans doute une seule au début de 1920.

Figure 2 : Caractéristiques des 26 demi planches d’impression identifiées avec manchette GC de 1916 à 1920

 Si l’on regarde dans le détail les valeurs, on peut se rendre compte que les caractéristiques des demi-planches d’impression 1, 2 et 4 de 1916 sont respectivement similaires aux demi-planches d’impression 5, 6 et 7 de 1917. La demi-planche 10 non caractérisée à ce jour doit logiquement être la numéro 3 de 1916. Etant donné que l’impression des feuilles GC n’a débuté qu’en novembre 1916, on peut imaginer que 2 presses ont fonctionné en 1916 et 1917 avec les mêmes planches d’impression alors qu’une troisième presse est mise en service en 1917 (demi-planches 8 et 9). En revanche, il est difficile d’identifier des demi-planches communes entre 1918 et 1919 suggérant une utilisation importante ces années là et donc une usure de celles de 1918 qui ont toutes été remplacées en 1919. Pour l’année 1920, l’impression avec les manchettes GC ne se fit qu’au mois de janvier 1920 et à priori avec la presse 30 et au moins la demi-planche N°24 comme le montre ce BDF en date du 2 janvier (1920) (collection jacques G.) car la presse 30 n’a été utilisée qu’à partir d’octobre 1919 (communication personnelle semeuse13).


Figure 3 : bas de feuille imprimé le 2 janvier 1920

            Ainsi la collecte d’image de bas de feuille, qu’il soit très partiel ou de blocs plus conséquents, a permis d’identifier la grande majorité des planches d’impression utilisées de 1916 à 1920 pour la Semeuse 5 centimes verte sur papier GC. Toutefois, si certains d’entre vous ont de tels fragments ou blocs, n’hésitez pas à me contacter car il reste encore des caractéristiques à identifier notamment concernant la demi-planche N° 10 mais aussi pour les autres où plus l’échantillonnage sera important et meilleure sera la précision de ces caractéristiques.